Katas Nick Cerio’s Kenpo: une espèce en  voie d’extinction?

Une fois qu’un kata a été appris, il doit être pratiqué à plusieurs reprises jusqu’à ce qu’il puisse être appliqué en cas d’urgence. La seule connaissance du déroulement d’une forme de karaté est inutile.

Gichin Funakoshi

Lorsque j’ai commencé le karaté et que je me suis engagé dans la compétition, j’ai vite remarqué que plusieurs compétiteurs démontraient des katas n’appartenant pas à la liste de ce que j’apprenais avec mon senseï.  Pourtant, nous étions tous régis par la même fédération.  On m’a informé  que c’était de vieux katas enseignés autrefois sous une autre bannière. Je devais moi faire les katas du style actuel et celui de mon niveau. Il n’était pas concevable et sous aucun prétexte d’apprendre un kata de ceinture noire si tu étais d’un niveau inférieur. Je me suis soumis au désir de mon instructeur même si je ne trouvais pas toujours équitable. De toute façon, ce n’est pas la forme qui fait la performance mais la manière de le faire.

Aujourd’hui je ne fais plus de compétition (un retour un jour peut-être ? !). J’ai remarqué qu’en tournoi, les katas de notre style, soit le Nick Cerio’s Kenpo, perdaient en popularité. Les katas qui sont démontrés par la nouvelle génération de karatékas sur les tatamis sont ceux de tous autres styles confondus. Nous avons eu l’aire Shotokan avec les Unsu, Empi, Kankudai et Jion, maintenant on se dirige plus vers les styles d’Okinawa, Shorin Ryu, Goju Ryu et Uechi Ryu et d’autres dont j’ignorais même leur existence.

Je crois que la compétition est un atout important pour la pratique mais elle ne doit pas entacher et mettre de côté ce que l’on fait dans nos propres dojos pour nos passages de grade. Est-ce que notre Circle of the Tiger et Cat Three sont en voie de disparation ?  Ce sont ces deux formes qui m’ont permis de me distinguer en tournoi et remporter plusieurs fois la première place. Il m’est arrivé à quelques reprises, moi aussi, de présenter  un kata d’un autre style afin d’amener de la nouveauté et de créer l’étonnement chez nos juges. Que se passe-t-il avec nos katas ? Ne sont-ils pas si peu intéressants ou esthétiques qu’ils sont mis aux oubliettes par nos compétiteurs? Que doit-on faire?

Dans le même ordre d’idée, exécuter un kata qui n’est pas de ton niveau est une grave offense,  selon moi, à la pratique. Tu peux l’exécuter mais il se peut que tu ne comprennes rien des subtilités ou des trésors qui y sont enfouis. Il est évident que pour faire un kata d’un niveau supérieur, l’exécutant doit d’abord et avant tout faire une recherche sur leur kata. En déterminer l’historique, l’analyse, les applications et s’assurer que la forme est bien comprise. Si l’on pratique de mainte et mainte fois le même kata (plus de 25 fois de suite) on devient en transe. Notre corps devient plus réceptif et le travail peut commencer. Surtout évitons Youtube afin de trouver les bunkais.

Faites durant un bref et court instant un retour dans le passé.  Mettez-vous à la place de vos prédécesseurs, qui n’avaient pas accès à toute l’information en un clic. Pratiquez, suez, perdez l’équilibre, recherchez l’essence de ce qu’est un kata.  Quel est son message ? Qui a-t-il d’important dans cette forme pour qu’on veuille me la transmettre ? N’oubliez pas que les katas sont les clefs de la connaissance de notre style, de l’art martial mais aussi de nous-mêmes. Passez à côté de la réelle pratique du kata fait de nous des gymnastes martiaux…et non des karatékas.

Je sais que je ne fais pas l’unanimité.  Certains seront insultés,  d’autres déçus, mais avec le recul, je constate que l’on gaspille du temps à chercher au mauvais endroit. Les katas du Nick Cerio’s Kenpo sont riches et renferment tout ce dont nous avons besoin pour accéder à la connaissance. Je ne parle pas ici de techniques secrètes ou cachées. Je parle de ce qui ne peut être enseigné. L’héritage émotionnel du concepteur. Son bagage qui selon lui était essentiel afin de devenir un meilleur karatéka mais aussi une bonne personne!

Certains peuvent déduire que nos katas ne sont pas aussi «à la mode» que Suparempai ou Kushankudai. J’avoue que je n’affectionne pas tous nos katas. Certains sont plus plaisants que d’autres à pratiquer. Cependant, si moindrement nous avons du respect envers  le Professeur Cerio et notre style, nous devons le démontrer davantage.

Au début et à la fin de chacun de nos entrainements, nous faisons un salut à professeur Cerio,  alors pourquoi pas lui rendre honneur en compétition… ?

 

Marc-André Parent B.Sc. Intervention sportive

Dès les premiers coups de poing à son premier entrainement, Marc-André a eu la piqûre pour les arts martiaux. Il a débuté l’enseignement à titre d’assistant très tôt et s’est vu naitre une passion qui depuis 20 ans ne ceMAP (4) (Small)sse de croitre.

Titulaire d’un 4e dan en Nick Cerio’s Kenpo, ceinture marron en shotokan et bachelier en intervention sportive, instructeur certifié niveau 2 par la FQBO.  

Dans ses articles, il vous partage ses opinions sur plusieurs sujets d’actualités entourant le monde des sports de combat.

Il a pour mission de nous interroger, de réfléchir mais surtout d’échanger avec tous les pratiquants.